Comment oublier l’ouragan Irène en août 2011 ? L’arbre majestueux près de ma piscine a été complètement déraciné par le vent. Constat : des racines de surface, étonnamment petites pour la taille de ce feuillu. Cinq hommes l’ont achevé, dépossédé de chacune de ses branches afin qu’il puisse être transportable. Dans les jours qui ont suivi, je le cherchais désespérément chaque fois que je regardais par la fenêtre. Aussi surprenant que cela puisse paraître, j’avais de la peine.

Quelques semaines plus tôt, un autre type d’ouragan nous avait frappé. Un grand ami de mon amoureux mettait fin à ses jours. Un bel homme de 39 ans, fougueux, drôle, père de deux enfants; un être sensible et aussi… bipolaire. La bipolarité est un trouble psychique caractérisé par des fluctuations anormales de l’humeur : épisodes d’excitation extrême (manies) suivies de moments de dépression, entrecoupés de périodes où l’humeur est plus stable. Une maladie entourée de préjugés et de tabous. Plusieurs croient encore à tort que c’est un mal imaginaire pour des êtres qui manquent de volonté. Or, de la détermination, notre copain en avait à revendre.

Il mordait dans le quotidien avec une ardeur peu commune. En quête de liberté, il donnait forme à ses rêves. Pour lui, la vie était un immense terrain de jeux et au contact de cette intensité contagieuse, nous nous sentions grands, puissants et intouchables. Notre groupe d’amis est composé de 23 adultes et 17 enfants. Simon était la coqueluche de cette marmaille et il les faisait rire comme personne d’autre. Il n’hésitait pas à s’agenouiller devant eux pour leur faire un high five. En apprenant son décès, l’un des petits dit à son papa : « C’est parce qu’il était trop tannant? » Difficile de croire que derrière ses clowneries, l’homme livrait bataille au désespoir.

Pourtant, il semblait plus paisible. À quelques reprises, je lui avais exprimé ma joie de le sentir ainsi et chaque fois, ses yeux s’étaient remplis de larmes. Bien entendu, sa femme et ses enfants continuaient de subir les montagnes russes de son humeur. Un autre volet de sa lutte : son désir d’épargner ceux qu’il aimait. Car dans les moments où son esprit regagnait en clarté, il ne pouvait que constater les dommages inhérents à sa maladie. Simon a vieilli beaucoup plus vite que la majorité d’entre nous, épuisé par les crises et le combat saisonnier occasionnés par son état de santé. Une infirmière nous a expliqué : « Votre douleur de l’avoir perdu, multipliez-la par cent et vous comprendrez un peu ce qu’il vivait… » Comment lui reprocher d’avoir jeté la serviette ? Comment oser le juger ?

Mon doux et noble ami est parti…  La maladie a empêché ses racines de croître et de s’accrocher fermement au sol. Pourtant, cela ne se voyait pas. Il vivait les bras tendus vers le Ciel et résistait courageusement au dépouillement automnal. Sa présence amicale nous procurait la même sensation bienfaisante que lorsque l’on se réfugie à l’ombre pour se protéger d’un soleil accablant. Il a fallu l’image de mon arbre pour que je le comprenne mieux. Quand il m’arrive de le chercher, je plonge mon regard dans l’infini de l’horizon avec la certitude qu’il profite dorénavant d’un éternel printemps. 

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Marie-Josée Arel

Je suis passionnée de spiritualité depuis mon adolescence et j’en ai fait ma mission. Je souhaite faciliter la quête de sens et nourrir la vie spirituelle des personnes, dans un espace d’échange ouvert et exempt de dogmes. Je désire ainsi offrir des repères pour une spiritualité terre-à-terre et contemporaine, pour une meilleure relation avec soi-même et avec les autres. Je veux toucher le cœur des gens et ouvrir leur conscience à plus grand.
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